Pot en Ciel: Cultivons nos talents





Colloque de l'association "NOA, Oser le dire" (novembre 2012)

 Cliquer ici pour écouter la conférence sur Akadem


Conférence donnée au centre communautaire de Maor Ki Tov - Mars 2013

"L’estime de soi au cœur des relations humaines"

Nous entendons beaucoup parler d’estime de soi, de confiance en soi,d’affirmation de soi dans tous les domaines de la vie: éducatif, professionnel,
et même familial.
Est-ce que nos grands-parents en parlaient, évoquaient même ce sujet?

Non, on y pensait tout simplement pas mais par contre autrefois on parlait de:

- Amour propre, force, de courage, de personnalité, il fallait que l’enfant deviennent "quelqu’un", qu’il ait une "situation", qu’il soit respecté et respectable.

- La place de l’honneur était fondamentale.

Jamais il ne serait venu à l’idée de nos grands-parents et ni de nos rabbins d’imputer leurs difficultés personnelles ou relationnelles à un manque de confiance en soi ou une faible estime de soi.

Alors pourquoi est-ce si différent aujourd’hui?

Aujourd’hui, le couple et la famille mais surtout le couple est devenu un support identitaire majeur, c’est dans la relation conjugale qu’on s’affirme en tant que personne et aussi en tant qu’homme et femme à part entière, c’est là qu’on cherche un miroir gratifiant, valorisant comme autrefois Narcisse se regardant dans le miroir de l’eau.

Ce que l’on n’a pas reçu enfant et adolescent c’est dans son couple et dans sa famille que l’on a fondé qu’on va le chercher et certaines fois on va l’exiger de l’autre tellement c’est devenu vital ! c’est le sentiment d’exister si fondamental à l’existence même.

La société dans laquelle nous vivons prône l’individualisme à outrance, la liberté et l’indépendance, pourtant on se retrouve bien seul à devoir se dépatouiller dans ce monde où chacun vit pour soi, chacun doit se faire sa place, et trouver dans ses choix un épanouissement personnel et une certaine forme de réalisation de soi.

Alors une fois en couple et devenu parents, notre construction personnelle n’étant pas terminée et notre identité pas encore bien assurée, sur qui se repose-t-on ?

Notre conjoint et nos enfants!

Mais avant de continuer, arrêtons-nous sur ce que c’est que l’estime de soi?

Quand vous entendez ce mot, qu’évoque-t-il pour vous ?

Je donnerais cette définition, si vous êtes d’accord :

L’estime de soi est la conviction intime de sa valeur en tant que personne

C’est le résultat du regard qu’une personne porte sur elle-même

Bichvil li nivra haolam : sans moi le monde n’aurait pas été créé dit la Thora

Je ne suis pas simplement le maillon d’une immense chaîne mais de mon existence même dépend le monde.

Le judaïsme dit que chaque être est unique et n’a pas de semblable, qu’une mission particulière est attitrée à chacun. Et Hachem donne à chacun de nous toutes les qualités et les atouts pour mener à bien cette mission.

Comment née cette estime de soi, et comment se construit elle ?

Au tout début de la vie le nouveau-né est accueilli par ses parents qui l’introduisent dans le monde des humains.

Le premier regard, la première caresse, la première parole le fait exister.

La nomination ou la mila pendant laquelle fille et garçon reçoit son nom installe le nourrisson dans le groupe familial et l’identifie en tant qu’être désiré par ses parents par le prénom et le relie par le nom de famille à une filiation.

Son essence propre peut se révéler puisque il existe, il a une identité.

Revenons au regard que portent sur le bébé les parents et la famille élargie.

C’est ce regard empreint d’amour et d’attention qui fonde le socle sécure et
stable sur lequel l’enfant va grandir et s’épanouir.

Imaginons maintenant ce petit d’homme faire ses premiers pas

C’est la grande aventure du siècle la première d’une longue série que va
connaître cet être tout au long de sa vie !

Ses parents croient qu’il peut y arriver, ils croient en ses capacités, ils croient qu’il en a la force et la volonté.

Ses parents l’autorisent à aller de l’avant, dès qu’ils le sentiront prêt ils lui lâcheront la main mais ils ne seront pas bien loin pour faire attention à lui au cas où il tomberait. Et s’il venait à tomber, il devra réessayer, recommencer et réussir.

Nous avons un exemple concret de ce qui se passe dans la relation parents/ enfants pendant l’expérience des premiers pas et qui augurera très certainement de toutes les nouvelles expériences de son futur.

Si, en tant que maman je suis convaincue que mon fils ou ma fille est capable de marcher, d’apprendre, de grandir, il ou elle sera capable de marcher, d’apprendre, et de grandir.

Des difficultés vont se présenter au fur et à mesure de la vie, il y aura des réussites et des échecs.

Les réussites augmenteront la confiance en soi de l’enfant, son assurance et son estime de soi et les échecs seront utilisés comme des tremplins, des leçons à retenir.

L’estime de soi est cette petite voix intérieure qui nous dit des choses positives sur nous-mêmes, elle donne une couleur positive à nos actions et nous aide à aller de l’avant avec courage et optimisme. Elle participe à notre équilibre intérieur et reflète notre valeur personnelle et notre beauté intérieure.

Faisons une déduction psycho-logique:

Si, petit, j’ai vu dans le regard de mes parents un amour et une acceptation
inconditionnelle

J’ai pu grandir et partir à la découverte du monde

Si à chaque nouvelle étape de ma vie, j’ai pu faire de nouvelles expériences
avec confiance et assurance

J’ai pu apprendre de mes erreurs sans me laisser abattre
J’ai pu prendre des risques sans peur de m’effondrer
J’ai acquis une conscience de ma valeur personnelle
J’ai pu me faire confiance et faire confiance aux autres
Je suis devenu plus autonome en me détachant peu à peu du regard des autres
Je suis devenu une personne importante et digne d’être aimée

Et ce que j’ai reçu de mes parents, je peux le donner à mon tour

Je peux m’aimer et aimer les Autres !

Peut-on retrouver ce que nous venons de dire dans notre Torah ?

Ou est-ce une idée moderne qui s’inscrit dans l’air du temps : la fameuse mode du développement personnel
où tout est centré sur le moi sans s’inscrire dans la relation à l’autre

Véhaavta léréa’ha kamo‘ha : aime ton prochain comme toi-même !

C’est un grand principe de la Torah qui nous a été enseigné par Rabbi Akiva

Ce verset est même considéré comme un résumé de toute la Torah !

La Torah pose le « toi-même » comme référence, celui qui ne s’aime pas ne peut pas aimer autrui.

Ahavat Israel : l’amour de chaque juif, dépend d’abord de l’amour du Juif qui est en soi, c’est la partie divine que chaque juif possède en lui.

Chaque juif a un rôle à jouer dans le monde et chacun doit le découvrir pour pouvoir vivre sa vie de manière pleine et entière.

Donc mitzva de s’aimer, mitzva non liée au temps donc mitzva permanente.

S’aimer, s’estimer, avoir conscience de sa valeur pour aimer l’Autre et vivre
ensemble dans l’harmonie et la paix.

Listons ensemble tous les bienfaits d’une bonne estime de soi pour les
relations :

Pourquoi avoir choisi ce titre ?

En quoi l’estime de soi est-elle l’épicentre de la relation humaine ?

En quoi le fait que je m’apprécie peut agir sur ma relation conjugale et/ou ma relation avec mes enfants ?

Commençons par la relation avec son mari :

Nous avons dit que pour se sentir exister, il faut avoir vu et senti que nos parents nous accepter de manière inconditionnelle, pour avoir une identité saine il faut avoir une saine estime de soi.
ainsi je peux m’autoriser à être moi-même.

Dans la plupart des conflits de couples, les conjoints recherchent une forme d’approbation, de ce qu’ils sont, de leur rôle et leur place au sein du couple.

Elle voudrait que l’autre devine ses besoins (d’affection, de reconnaissance, de valorisation, d’estime, de respect) pour les satisfaire.

celle qui ne s’estime peu ou pas est dans la dépendance de l’autre, la dépendance de ce que son regard va lui renvoyé, et ce presque en permanence. L’égo est mis à mal, on dira qu’il est narcissique.

Elle a sans cesse besoin d’avoir des compliments et de se sentir rehaussée…mais souvent çà ne suffit pas. C’est une blessure narcissique que le conjoint n’est pas capable de panser.

Chaque acte ou comportement est soumis à l’approbation de l’autre, approbation qui peut devenir une exigence parce qu’impossible à combler.

S’ensuit des conflits sans issue puisqu’il ou elle n’a pas assez confiance en lui pour assumer ses responsabilités, prendre de la distance et faire un travail d’introspection.

L’adulte qui ne s’est pas senti aimé qd il était enfant, aura du mal à s’apprécier, et même si son conjoint essaye de le rehausser il n’y croira pas puisque sa petite voix intérieure lui dira : tu ne mérites pas ces compliments, il ne te connaît pas vraiment, elle fera tout pour se déprécier et montrer à quel point elle n’en vaut pas le coup! Elle est sans valeur!

Dans les cas extrêmes le conjoint peut s’accaparer une forme de pouvoir sur l’autre et même de violence.

Dans la relation parents/ enfants : les parents qui ont peu d’estime de soi vont avoir des difficultés à faire respecter les limites et les frontières. Les frontières ce sont les territoires, par exple les enfants ne sont pas des adultes, ils ne peuvent pas décider à leur place. Ils ne peuvent pas prendre la place des parents et imposer une quelconque autorité.

Les parents qui se sous estiment auront du mal à donner de l’importance à leurs enfants et leur montrer qu’ils ont de la valeur à leurs yeux.

Ils seront soit dans l’autoritarisme, soit dans le laxisme : deux attitudes négatives en éducation.

A l’adolescence ou les limites et le cadre est malmené, les adultes peuvent se retrouver très vite déstabilisés et perdre pieds au moment où les adolescents ont fortement besoin de repères forts et de se confronter à des adultes stables et solides.

Une question qui est souvent posée à la suite de ce qu’on vient de partager ensemble:

Comment faire si nous adultes n’avons pas reçus assez d’assurance et de confiance en soi pour nous estimer à notre juste valeur et pour la transmettre ensuite à nos enfants et vivre harmonieusement avec son conjoint?

C’est d’abord, je crois, une prise de conscience, et lentement mais sûrement instaurer en soi un dialogue intérieur positif qui va de l’acceptation de soi, au respect de soi et de ses limites en passant par la bienveillance envers soi- même à notre liberté d’opinion et de penser sans peur du rejet et du jugement d’autrui.

Je dirais comme le psychologue André : La nature de la relation qu’on doit entretenir avec soi-même doit être plutôt une relation d’amitié : soyons de bons amis pour nous-mêmes !

Mais d’abord Akarat hatov : tout ce que j’ai c’est Hachem qui me le donne : mes dons, mes talents, mes qualités, mes forces, mes compétences, tout cela ne fait pas de moi quelqu’un de supérieur aux autres mais comme nous l’avons dit tout à l’heure la personne de qui Hachem attend qu’elle réalise ce pourquoi elle est venue dans ce monde !

Faisons nous confiance, montrons nous de la manière la plus authentique possible, détachons nous peu à peu de ce que pensent les autres de nos actes ou de nos choix, regardons nous dans le miroir en appréciant chaque petite chose que nous faisons chaque jour et en nous le disant, ne généralisons pas (tout le monde n’est pas contre moi ou me dévisage de la tête aux pieds).
Souligner les solutions et les efforts, voir les côtés positifs des situations.

Avec l’aide de D. nous arriverons à nous aimer et nous estimer chaque jour un peu plus pour notre plus grand bonheur et celui de nos enfants.

L’estime de soi est hautement contagieuse, elle se répand rapidement autour de nous, elle est à consommer sans modération.

Comme le dit un célèbre psychologue: Willy Pasini

" L’image positive de soi constitue un véritable système immunitaire psychique, elle aide à décider de sa vie".

Nous l’avons compris l’estime de soi est au cœur des relations humaines, elle est le liant qui permet le respect de soi et de l’autre, elle est cette capacité à aller vers l’autre dans l’harmonie et la paix.


Je serais très intéressée à lire vos commentaires, critiques concernant ce sujet et peut-être partager des expériences personnelles.
Je voudrais aussi faire un petit sondage pour savoir si dans les couples le niveau d’estime de soi des conjoints est plus ou moins équivalent?

N’oubliez pas de mentionner si vous voulez que votre réponse paraisse sur le site ou pas.

Je vous remercie d’avance pour votre participation.
Email: annierosecohen@hotmail


S'aimer s'apprend aussi à l'école

ARTICLES

1. Journal Igueret Hahinouh mars 2011: "Tu quitteras ton père et ta mère"
(Parachat Béréchit passouk khaf dalet)

A vie d'un être humain est composée, du début à la fin, d'expériences d'attachement et de détachement.
Au tout début déjà, le bébé sort du ventre de sa mère et le cordon est coupé, première séparation. Pendant encore quelques mois, il ne se pense pas être distinct de sa mère, il
pense plutôt en être le prolongement. La preuve est que chaque fois qu'il pleure ou qu'il crie, sa mère accoure et répond II tous ses besoins. En effet, le petit d'homme reste longtemps complètement dépendant de sesparents, pOlLrses besoins ph)'siques, affectifi et psychiques.

Peu Il peu les parents, et plus particulièrement le père, aidera son fils ou sa fille à se détacher de Maman en s'immisçant dans cette relation fùsionnelle. Son rôle sera de les défusionner en les ouvrant à L'Autre et au monde.

De son côté la mère peut ressentir, certaines fois, des difficultés il sortir de cette relation symbiotique, dans laquelle SOli rôle de nourricière est mobilisé en permanence. Du coup, son sentiment de toute puissance auprès de son enfant se trouve fragilisé et la déstabilise.
Pourtant L'enfant a besoin dam un mouuement d'aller et retour de puiser chez sesparents amOU1;soutien, eonfiance et sécurité pour partir à la découverte du monde, jetant
régulièrement en arrière un regard i nterrogareur, demandant ft ses parents autorisation de grandù; sans crainte.

Ce n'est possible que si les parents eux-mêmes ont réussi sereinement, les différentes étapes de détachement et de différenciation uis à vis de leurs familles d'origine. Le départ au gan, à l'école, la crise d'adolescence et le début de la vie d'adulte sont auta ns de phases où parents et" enfants vont expérimenter la séparation. D'un c8té, les parents assurent de leur soutien émotionnel, et de l'autre, Les enfants découvrent leur capacité affectil,e lz se débrouiller tout seul.

Grand;'; c'est prendre des risques. C'est être capable de foire des choix et d'en assumer les conséquences. Grandir, c'est vivre les différentes séparations sans angoisse el sans culpabilit«. Permettre aux enfants de grandit; c'est les rassurer sur leurs capacités d'indépendance et d'individuation, c'est leur donner la possibilité de prendre un jour Leur envol afin de créer à leur tour leur pmpre foyer et d'investir des relations équilibrées .

La Torah ilOUSordonne de "quitter son père et sa mère" pour s'attacher li S011 conjoint d'où l'importance aussi, pour Lesparents de quitter leurs enfimts, le jour uenu, et les
aider ainsi;' exister pleinement.

Annie-Rose COHEN
Conseillère conjugale et familiale




2. Journal Eden Créteil mars 2010: "Zone de perturbation"




3. Journal Eden Créteil: "Nous pouvons refleurir le désert"

Qui aime t-on le plus, son conjoint ou ses enfants? Qu'est-ce que cette question?
Et pourtant regardons ce qu'il se passe dans la plupart des familles: un couple se marie, c'est la lune de miel: on ne se quitte pas, on regarde ensemble dans la même direction, on semble attachés l'un à l'autre pour toujours... et les enfants arrivent, D... merci, voilà que l'on relègue lentement mais sûrement au deuxième plan notre foyer pour s'investir, mieux! s'impliquer dans son rôle de parents... Normal me direz-vous: il faut bien s'en occuper, ils sont dépendants de nous à tous les niveaux, ils ne peuvent rien faire sans nous. Les premières années étant les plus éprouvantes, nous profitons des quelques moments de répit pour reprendre de l'énergie. La fatigue et les tracas du quotidien nous font oublier notre relation de couple et comme une plante que l'on n'arrose pas régulièrement, elle com- mence à se fâner. Les quelques anniversaires de mariage fêtés en famille (!) nous rappellent que le temps a passé et que le couple conjugal est devenu surtout le couple parental.

Il arrive parfois que l'un des deux crie famine, mais il se fait renvoyer à ses responsabilités de parents, à la charge des soucis du quotidien et on est reparti pour une autre décennie.

Les enfants grandissent, ils sont presque adultes maintenant, ils revendiquent leur liberté, leur indépendance et ils nous supplient de nous détacher d'eux pour qu'ils puissent voler de leurs propres ailes.

Là, c'est très douloureux: «après tout ce que j'ai fait pour eux, j'ai sacrifié mes plus belles années...».

Nous avons surtout sacrifié notre relation de couple, peut-être avons-nous eu le sentiment qu'elle attendrait bien gentiment qu'il n'y ait plus d'obligations familiales pour que l'on se soucie d'elle et que les sentiments des premiers temps suffiraient à la faire patienter. Oui, nous avons beaucoup donné à nos enfants pendant toutes ces années, peut-être trop? Ou peut-être dans l'espoir qu'ils nous le rendraient les jours où nous en aurions besoin?

Que s'est-il passé? nous avons sûrement passé beaucoup de temps et d'énergie à oeuvrer pour faire grandir nos enfants, leur refleurir assurant une sécurité affective et une éducation appropiée à chacun. Pourtant ces années d'efforts, de réflexions, d'inquiètude auraient gagné à être investies en premier lieu dans le "nous deux" du couple pour que, comme l'origine d'une source, l'amour, le respect, la tendresse, l'amitié que nous nous vouons coulent tout naturellement vers nos enfants et les abreuvent de vitalité renouvelée.

Ainsi va la vie, plus facile et plus harmonieuse!
Vous est-il déjà arrivé de partir seul en couple un week end? Savez- vous que les enfants apprécient que vous vous occupiez de vous deux, ils vous encouragent d'ailleurs à réitérer cette expérience régulièrement. Comme le dit un célèbre consultant américain, père de 9 enfants: « que peut-on faire de mieux pour nos enfants? C'est d'aimer son conjoint! »

La relation conjugale fait souvent partie des albums photos, des premières années de vie commune. Ah le bon temps! Le temps où l'on s'inquiétait de ce qui ferait plaisir à l'autre, le temps de la séduction, du rire partagé, des jeux insouciants, des moments d'intimité, des rêves de projets communs.

Les couples d'aujourd'hui se perdent de vue, ils sont d'abord et avant tout des parents qui se soucient beaucoup de l'éducation de leurs enfants, mais ils oublient l'essentiel: la famille se construit d'abord et avant tout dans le creuset du couple. L'attachement des conjoints se renforçant au fil du temps, donnant à l'homme et à la femme cette sécurité affective suffisament forte pour que l'on ne se retrouve pas perdus le jour où le nid se vide! Car alors c'est le grand blanc, la stupeur de se retrouver face à cet autre que nous ne connaissons plus. La plante a séché, elle a perdu ses couleurs.

Qui sommes-nous ensemble? Qu'est devenu notre couple?

Est-il possible de refleurir le désert ?

Tout dépend de notre capacité à (re) mobiliser ensemble tout ce qui a contribué à nous réunir pour se projeter dans les 50 prochaines années, avec l'aide de D...

4. Journal Igueret ha'hinou'h: "Chacun sa crise!"


Iln'est pas anodin que l'adolescence de nos enfants démarre souvent à la même période où nous, parents, rournons un chapitre de notre vie!

A cerre époque charnière où les parents dressent un bilan de leur vie - se posant des questions existentielles sur leur passé et leur devenir, se remettant en question, doutant de leurs
choix de vie, regrettant leur jeunesse passée, comparant leur adolescence avec celle de leur enfant - il leur serait nécessaire, de revoir à la baisse leurs attentes et leurs exigences vis-à-vis de leur enrourage, renoncer et remplacer certains modes de fonctionnement et de communication devenus obsolètes.

C'est à l'heure o les parents vivant un véritable remaniement que précisément et simultanément l'enfant "choisit" de faire sa crise d'adolescence, se cherchant et nous cherchant, à l'âge où il est sain pour eux de se démarquer, de s'opposer pour se différencier.

Ces deux crises risquent donc de se télescoper!

Mais l'adolescent doit apprendre lui aussi à renoncer à ses rêves d'enfant. Il doit pouvoir se confronter à la réalité et apprendre à satisfaire de manière autonome ses besoins et
désirs.

Il sera capable d'entreprendre ses parents a icn t franchi renonciauons.

ll doit exister sur le plan éducatif une "hiérarchie verticale d'autorité" : les enfants se construisant et se développant grâce à l'amour Ct à la sécurité psychique que leur procurent leurs parents. Naturellement et légitimement, ils devraient recevoir ce dont ils ont besoin pour grandir et devenir de vrais adultes. Les parents qui ne vivraient qu'à travers leurs enfants créeraient très certainement une grande confusion et une grande insécurité dans le système familial. La crise d'adolescence deviendrait alors un appel au secours crianr le rérablissernenr du rôle et de la place de chacun des membres de la famille. A nous, parems de remettre les choses dans l'ordre!
Interdire et sanctionner un adolescent ne nous fait pas perdre son amour cr son respect, bien au contraire, il en a un besoin vital. Sachons les sécuriser et les stabiliser en posant des limites claires et un cadre à la fois solide et souple, malgré leur "apparente" révolte.

Notre message d'éducateur devrait être celle-ci : "suis l'adulte lIytlllt la responsabilité de ton éducation et ce travail à la condition de leur côté l'étape possedant Autorité sur toi pour t'aider à te realiser sur Leplan p,hyszque: psy.chologique, IIffectif et spirituel. n: peux «opposer a mal, me provoquer; essayer d'enfi'eilldre les lois, te rëuolter, c~ntredire mes valeurs et mes principes parce que tu cherches Il te situer et te différencier en tant qu'individu independant".

Afin d'aider l'adolescent, le sécuriser et lui permettre de s'épanouir, l'adulte doit incarner l'Aurori ré et pour cela garder une grande confiance en soi, une assurance et une détermination dans son rôle d'éducateur.

Cette situation n'est déstabilisante que lorsque le tumulte qui gronde en eux résonne aussi trop en nous!

Nous sommes conscients que cette période est empreinte de contradictions et de paradoxes et que ce mouvement de proximité et de distance dans lequell'adolescem veut nous en trainer est une danse qu'il veut mener à sa manière. Soyons er ,restons le mene.L1Ie.·xpérimenté qui, avec tact, laissera 1 adolescent choisir le sryle, la musique et le rythme.

11 est possible qu'il faille improviser ce pas de deux mais sans culpabilité, avec confiance et spontanéité pour permettre à nos enfants de quitter le nid librement et se détacher de nous sereinement pour construire à leur tour leur vie d'adultes.

Annie-Rose COHEN
Guidance parentale et éducative



5. Journal Eden sep 2011: "Lettre d'un parent à son enfant adolescent"

Je viens de tomber sur une photo de toi il y a 3 ou 4 ans... que de changements, en si peu de temps! C'est à peine si je te reconnais.

Aujourd'hui, j'ai envie de partager par écrit, parce qu'il devient impossible de te parler ces derniers temps, les sentiments et les émotions qui m'animent.
Il semble si loin ce temps où tu venais me raconter ta journée, assis sur mes genoux, ce temps béni où je jouais à te faire des chatouilles ; il semble si loin ce temps où tu me demandais de te lire une histoire avant de t'endormir et tu me disais: « Bonne nuit, ma petite maman chérie ", et pourtant 1. .. c'est bien toi sur cette photo, celui qui aujourd'hui me crie: « Dégage de ma chambre - c'est pas tes affaires - l'école, c'est mort !. .. avec dans tes yeux ce regard de haine et dans tes paroles une explosion de violence.

Si tu savais comme je me sens mal, dans ces moments-là, tellement incapable et impuissant. Alors j'essaye de me calmer et je me dis que ce n'est pas contre moi que tu diriges toute cette agressivité, c'est cette satanée crise d'adolescence que tu subis malgré toi : les transformations physiques, les pulsions, les angoisses face à ton avenir, le regard des autres, l'influence de ton groupe de pairs, l'image de toi dans le miroir... mais ça va passer, il faut tenir bon, laisser passer la tempête, peut-être qu'après ce tsunami tu te remettras à nous écouter, à suivre nos conseils et à prendre un peu plus ta vie en main.

Ce que je ressens dans ces moments-là: une immense peine, une solitude intense et par-dessus tout, je ne me sens pas aimé.

Je sais ce que tu me dirais t « c'est vous qui ne m'aimez pas, vous me détestez », Sincèrement, parfois, je me surprends à me dire en mon for intérieur que je déteste l'enfant que tu es devenu, tellement hargneux avec ses parents, profondément méprisant et manquant de reconnaissance pour tous les sacrifices que nous avons faits pour toi et que nous faisons encore malgré tout. Je me rends bien compte que tu n'en as pas conscience. Je me demande ce que j'ai fait au Bon D. pour mériter tout ça ... Dernièrement, quelqu'un nous a dit qu'il valait mieux que tu fasses ta crise maintenant plutôt qu'avec ton conjoint, à 40 ans. Que c'était une étape importante et nécessaire dans ta vie et que, telle la graine qui pourrit en terre avant de pousser en une belle plante, tu devais en passer par une forme de destruction avant ta construction!

Le tout, pour nous parents, est de rester droits et solides, comme un tuteur, de façon à ce que tu puisses t'appuyer sur nous pour grandir.

Merci à toi de nous faire réaliser quelle force intérieure existe en nous chaque fois que tu secoues l'arbre parental. C'est aussi l'occasion de découvrir, grâce à toi et à ces moments difficiles que nous traversons ensemble, toutes les ressources qui sont en notre possession et que nous pouvons mobiliser pour avancer. Gardons en tête que ce lien qui nous unit, parfois si fortement malmené, doit être empreint d'amour, d'acceptation, de reconnaissance et de patience.



G. Lettre ouverte d'un ado à ses parents

Notre amie Annie-Rose COHEN, Conseillère conjugale et familiale à CRETEIL, nous adresse cette lettre rédigée par un adolescent à ses parents.
Je voudrais vous demander svp de m'aider à grandir sans m'y obliger!
Laissez-moi apprendre au fil du temps l'autonomie et l'indépendance et en toute liberté faire l'expérience de devenir un adulte par moi-même. Oui, je sais: vous voulez m'empêcher de faire les mêmes erreurs que vous et m'éviter les conséquences néfastes mais en voulant tellement me protéger, vous me rendez craintif et anxieux. N'allez pas croire que je sois maso! mais je voudrais sentir par moi-même si le feu brûle.

C'est comme savoir ce que je ferai plus tard. Figurez-vous que là maintenant ce n'est pas du tout dans mes priorités. N'essayez pas de comprendre ce qui se passe dans ma tête parce que vos
questions me renvoient à ma fragilité.

Chaque jour, je me lève avec une humeur différente, un état d'esprit contraire à celui que j'avais la veille... j'ai l'impression de ne pas me reconnaitre tellement j'ai changé en quelques heures.

C'est fou mais c'est ma réalité quotidienne, comme si une force invisible me tirait d'un monde à un autre. Tantôt, je rêve de redevenir un petit enfant câliné, protégé et conseillé, tantôt je me sens un adulte qui sait exactement ce qu'il doit faire et surtout qui n'a besoin d'aide de personne.

Et si jamais vous pénétrez dans mon monde sans que je vous y aie invité, je défendrai mon
territoire avec toutes les armes en ma possession (et D... sait si j'en ai).

Soyez gentils, armez vous de patience et supportez mes sautes d'humeur, mon irrespect et mon opposition quasi vitale. Ce que j'aime le plus au monde? Mes copains, parler sur mon portable pendant des heures et rester enfermé dans ma chambre au milieu de mon balagan, enivré de musique à tue-tête, en surfant sur internet. Bien sûr que je revois mes leçons tous les jours - arrêtez de vous inquiéter - il n'y a pas que ça dans la vie!

Ce qu'on se raconte avec mes potes? Plein de choses qui ne vous regardent pas et on se plaint de tout, surtout de nos parents!

Ne me regardez pas comme un extra-terrestre parce que de là où je suis, je ne vois pas le monde comme vous. D'ailleurs, j'aimerais tellement le changer ce monde, vous changer ... faire la révolution, hurler à tue-tête: la liberté, il n'y a que ça de vrai!

Vous vous rappelez ces moments quand j'étais petit où je passais mon temps à vous faire plaisir, à l'école, à la maison? Eh bien maintenant, j'ai changé: je ne veux plus qu'on me demande quoi que ce soit. Je veux vivre pour moi, prendre tout le plaisir de la terre et sans aucune contrainte.

Je sais bien qu'il faut que vous fassiez votre travail de parents, mais si je peux me permettre un petit conseil : soyez là et pas là, c'est simple, non ?

Quoi encore? J'ai avec moi-même de grandes discussions philosophiques, mes idées sont les meilleures et si vous m'écoutiez, le monde tournerait mieux.



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